Stress au travail : causes, effets, prévention et adaptation.
Le stress joue un rôle essentiel dans notre biologie, se manifestant dans diverses situations. Selon Hans Selye, pionnier des études sur le stress, c’est un phénomène d’adaptation du corps qui nous permet de réagir aux nombreuses stimulations de notre environnement. C’est la dose et la durée qui fait le poison !
Il peut être bénéfique ou nocif. Le stress bénéfique, ou « eustress », est positif et de courte durée, améliorant la vigilance et la performance. À l'inverse, le stress chronique déclenche une détresse psychologique, provoquant une cascade d'événements biologiques, notamment la libération d’adrénaline et de cortisol, préparant le corps à une réaction de combat ou de fuite. Tandis qu'un peu de stress peut être bénéfique, le stress chronique, à long terme, peut nuire à la santé mentale et cognitive.
Qu'est-ce que le stress ?
Ingrédients et types de stresseurs
Les ingrédients du stress se sont ces menaces qui peuvent provoquer des sentiments de perte de contrôle, d'imprévisibilité, de nouveauté ou de menace pour l'égo. Par exemple, vous pouvez ressentir un faible contrôle dans des situations où vous avez peu d'influence sur les événements, ou face à des situations totalement inattendues, ou encore lorsque vous êtes confronté à des expériences nouvelles et inconnues. De plus, lorsque vos compétences et votre égo sont mis à l'épreuve, cela peut accentuer le stress.
Il existe deux grandes catégories de stresseurs : les stresseurs physiques, comme les températures extrêmes, les blessures ou les maladies, et les stresseurs psychologiques, tels que des événements négatifs ou des situations imprévues. Les stresseurs peuvent également être classés en stresseurs absolus, universellement stressants comme les catastrophes naturelles, et stresseurs relatifs, qui varient selon les individus, comme la pression au travail.
Réactions et risques liés au stress
Il y a deux types de réactions au stress : physique et psychologiques. Du coté psychologique, c’est l’activation d’émotions qui va permettre la mobilisation du psychisme face à ces menaces. Exemple : la peur et ses variations de la simple crainte à l’anxiété, ou la colère pouvant varier de l’agacement à la fureur… Du côté physique, c’est la libération d’hormones qui génère la mobilisation du corps avec trois grands stades principaux de réaction :
La réaction d'alarme
C'est la réponse immédiate au stress, où le corps mobilise son énergie au détriment d'autres systèmes comme par exemple le système digestif, ce qui nous rend plus vulnérables aux maladies. L’organisme sécrète de l’adrénaline qui a pour effet d’augmenter la fréquence cardiaque, la dilatation des bronches, la tension artérielle, la température pour préparer le corps à la vigilance et à l’action.
La résistance
Si le stress persiste, le corps s'adapte, concentrant toute son énergie sur la réaction au stress, ce qui, à long terme, peut nuire à notre santé. L’organisme entre en phase de résistance et sécrète du cortisol qui augmente le taux de sucre dans le sang pour apporter l’énergie nécessaire aux muscles, au cœur, au cerveau dans la durée. Le système s’auto-régule.
L'épuisement
Après une exposition prolongée au stress, la capacité du corps à résister diminue, entraînant le plus souvent des troubles musculo-squelettiques et plus globalement une déficience du système immunitaire et une plus grande vulnérabilité aux maladies. Si le stress se prolonge ou s’intensifie, le système ne s’auto-régule plus. L’organisme est alors submergé d’hormones pouvant nuire à la santé. Le cortisol impacte alors négativement le sommeil et les défenses immunitaires.
Le stress au travail
On parle de stress au travail quand une personne ressent un déséquilibre entre la perception de ce qu’on lui demande de faire et ses ressources pour y faire face selon la définition consensuelle du stress au travail de l’Agence Européenne pour la Santé et la Sécurité au travail.
Le stress au travail découle souvent de divers facteurs tels que des charges de travail excessives, des attentes peu claires, un manque de soutien de la part de la direction, des conflits avec des collègues, et une mauvaise communication. Des conditions de travail précaires, des horaires imprévisibles, et l'insécurité de l'emploi sont également des contributeurs majeurs.
Pour Karasek (1979), le job strain, nom qu’il donne à la tension au travail, est la combinaison d’une faible latitude décisionnelle et d’une forte demande psychologique.
(1) la demande psychologique porte sur les aspects quantitatifs et qualitatifs de la charge psychologique de travail ,
(2) la latitude décisionnelle composée de 2 sous-dimensions : l’utilisation des compétences (la possibilité d’utiliser et de développer ses compétences et qualifications) et l’autonomie décisionnelle (la marge de manoeuvre pour faire son travail et prendre les décisions associées).
Job strain de Karasek (1979)
Le modèle de Karasek ajoute une autre dimension aux deux dimensions du job strain : le soutien social au travail (3). Ce sont tous les aspects relatifs au soutien socio-émotionnel (Comment vas-tu ?) et instrumental (Comment je peux t’aider ?) obtenu au travers des relations avec la hiérarchie et les collègues.
Donc, des exigences élevées (1), peu ou pire pas de contrôle sur son propre travail (2) et un soutien social faible (3) génèrent une situation de travail stressante.
Coût et enjeux du stress
Le stress au travail a des coûts significatifs, tant pour les employés que pour les employeurs, et même pour la société en général. Pour les individus, il peut entraîner des problèmes de santé mentale et physique, une diminution de la qualité de vie, et des absences prolongées. Pour les entreprises, cela se traduit par une baisse de productivité, une augmentation de l'absentéisme, des taux élevés de rotation du personnel, et des coûts accrus liés aux soins de santé. Pour la société, selon une étude de 2007, le coût total du stress au travail en France est estimé entre 1,9 et 3 milliards d'euros par an*. Qu’est-ce qui se cache derrière ce coût ? Selon les calculs de Bejean et Sultan-Taieb* (2005) : frais médicaux (413 M€), congés maladie (279 M€), perte de productivité due aux décès prématurés par rapport à l’âge de la retraite (474 M€) et aux années perdues par rapport à l’espérance de vie (954 M€), dépression due à des exigences professionnelles élevées (entre 650 et 752 M€), maladies cardiovasculaires liées au travail (entre 388 et 715 M€), troubles musculo-squelettiques associés à de fortes exigences professionnelles (27 M€).
Le stress chronique fait partie des risques psychosociaux au même titre que la violence ou la souffrance au travail, le harcèlement moral ou sexuel, l’épuisement professionnel… Ces risques professionnels mettent en jeu l’intégrité physique et la santé mentale des salariés et ont un impact sur le bon fonctionnement des organisations. Ils doivent faire l’objet d’une prévention par l’entreprise. Cette prévention est imposée par un cadre juridique et nécessaire du fait des enjeux humains, économiques et organisationnels associés.
Quel est le cadre juridique ?
La Loi de modernisation sociale de 2002 dit que « L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs ». En la matière, l’entreprise a une double obligation de moyens et de résultats.
En 2008, un Accord National Interprofessionnel, signé par tous les syndicats, a établi des indicateurs pour dépister le stress au travail et un cadre pour le prévenir. Cet accord identifie des facteurs de stress à prendre en compte comme « l’organisation et les processus de travail, les conditions et l’environnement du travail, la communication et des facteurs subjectifs ». Dès qu'un problème de stress est détecté, une action doit être entreprise pour le prévenir ou le réduire. La mise en œuvre des mesures appropriées relève de la responsabilité de l'employeur, en collaboration avec les institutions représentatives ou les salariés.
Quelle prévention par l’employeur ?
La prévention des risques psychosociaux (RPS) dont fait partie le stress chronique se décline en trois niveaux :
La prévention primaire vise à éviter l'apparition des RPS en agissant sur les causes organisationnelles et environnementales. Cela inclut l'amélioration des conditions de travail, la réorganisation des tâches pour réduire la charge de travail excessive, et la promotion d'une culture de communication ouverte et de soutien.
La prévention secondaire consiste à intervenir dès les premiers signes de stress ou de malaise. Elle inclut des actions telles que la formation des managers à détecter et gérer le stress, la mise en place de dispositif d’alerte et de remontée de situations, et l'organisation de sessions de gestion du stress pour les employés.
La prévention tertiaire vise à accompagner les salariés déjà affectés par les RPS. Cela peut inclure des consultations avec des professionnels de la santé ou de dispositifs d’écoute et de soutien, des programmes de réintégration pour les employés en arrêt de travail, et des actions pour traiter et réduire les impacts des RPS sur la santé des employés.
Ces trois niveaux de prévention permettent d'adresser les RPS de manière globale, en amont, en phase de signalement, et en phase de traitement.
Stratégies d’adaptation au stress
Le coping pour faire face au stress
Selon le modèle transactionnel du stress de Lazarus et Folkman (1984), face un événement, l’individu fait une évaluation cognitive de la situation pour identifier si cela peut mettre en danger sa santé physique ou son bien-être psychique en fonction de ses ressources personnelles et des variables environementales, puis décide de la stratégie pour y faire face. C’est le coping de l’anglais “to cope with” qui signifie faire face à, gérer, surmonter, s’adapter.
Lazarus et Folkman définissent les stratégies de coping comme l’ensemble des efforts cognitifs et comportementaux déployés pour gérer des exigences spécifiques, qu’elles soient internes ou externes, et qui sont perçues par l'individu comme dépassant ou consommant ses ressources. Ils distinguent trois types de stratégies :
le coping centré sur le problème vise à diminuer les exigences de la situation ou à augmenter les ressources pour y faire face;
le coping centré sur l’émotion inclut les tentatives pour réguler les tensions émotionnelles générées par la situation;
le coping centré sur le soutien social consiste à chercher la sympathie et l’aide des autres.
Une stratégie de coping est efficace si elle permet de maîtriser une situation stressante ou de diminuer son impact sur le bien-être physique et psychique. Beaucoup d’études et de courants de pensée ont complété cette approche transactionnelle et aujourd’hui Lucie Côté**, psychologue du travail, considère que le coping centré sur le problème serait pertinent quand la situation est contrôlable et que le lâcher-prise le serait en situations non contrôlables. Les deux autres stratégies : la résignation et l'acharnement, sont dysfonctionnelles.
Les 4 stratégies d’adaptation face au stress ou coping
Explication des 4 stratégies :
Si une situation est maîtrisable et que la personne agit pour la changer, elle utilise une stratégie de coping basée sur la modification de la situation, en particulier en augmentant ses ressources, soit en renforçant ses compétences, soit en obtenant du soutien de son réseau, soit en fournissant des efforts particuliers, ce qui lui procure un sentiment de satisfaction. En revanche, si elle renonce à agir, subit la situation en blâmant les autres, en se déresponsabilisant, en se plaignant, alors, elle adopte une attitude de résignation, menant à des résultats négatifs et à des sentiments de dépression.
À l'inverse, s’entêter à vouloir atteindre un objectif impossible, s'obstiner à poursuivre des efforts vains, se responsabiliser pour des problèmes appartenant à d’autres conduit à l'acharnement face à une situation incontrôlable, générant frustration et anxiété. Enfin, le lâcher-prise consiste accepter sereinement de composer avec la réalité, accepter les limites de ses propres ressources, se concentrer sur le positif, choisir ses batailles et cesser de vouloir modifier une situation sur laquelle la personne n’a pas de pouvoir.
Améliorer nos stratégies d’adaptation face au stress
Pour mieux gérer le stress au travail, Lucie Côté propose une démarche intéressante :
Évaluer nos stratégies générales de bien-être et les améliorer. Pour cela connaitre ses besoins psychologiques et savoir comment les nourrir pour être au maximum de son énergie peut grandement aider face au stress. Process Com peut être une aide précieuse en la matière.
Évaluer nos stratégies générales d’évitement des stresseurs et les réduire.
Identifier les situations spécifiques de stress et distinguer les dimensions contrôlables et non contrôlables par nous de chacune. Puis, établir un plan d’action pour passer des copings inefficaces aux stratégies efficaces (résignation => modification de la situation ; acharnement => lâcher-prise).
Même si nous pouvons tous améliorer nos stratégies d’adaptation, ce n’est vraiment pas facile de le faire par nous-mêmes. Le soutien d’un professionnel (coach, psychologue…) peut être clé sur ce chemin pour nous permettre pas à pas de mieux gérer les défis de la vie professionnelle.
En résumé
Le stress joue un rôle crucial dans notre adaptation aux stimuli environnementaux, mais sa durée et son intensité déterminent s'il est bénéfique ou néfaste. Le stress chronique peut nuire à la santé mentale, souvent causé par des déséquilibres entre attentes et ressources au travail. Pour gérer le stress efficacement, il est essentiel d'adopter des stratégies de coping adaptées à chaque situation.
Les entreprises doivent prendre des mesures proactives pour prévenir le stress, incluant des ajustements organisationnels, des interventions précoces et un soutien aux employés. Ces actions visent à protèger la santé et le bien-être des employés.
Êtes-vous prêt à devenir un.e Leader capable de gérer efficacement son stress ?
Réussissez-vous à manager votre équipe en visant à la fois performance et bien-être ?
C’est pas évident ! Parlons-en. Ensemble, définissons comment je peux vous aider.
*Source : Calcul des coûts du stress et des risques psychosociaux liés au travail - Observatoire européen des risques - Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail
** Extrait de cet article du Dr Lucie Côté, psychologue “Améliorer ses stratégies de coping pour affronter le stress au travail”